La séparation géographique est vraiment franche, ce qui donne un climat extrêmement particulier à la région. En effet, le climat continental fournit des jours chauds l’été (300 jours de soleil par an !) et froids l’hiver (avec de la neige, mais presque pas de pluie). De plus, les vents dominants provenant de l’Ouest déversent leur lot de pluie sur les hautes Rocheuses (plus de 4 000m), avant de dévaler sur les grands plaines, ce qui donne un air extrêmement sec sur Denver et Boulder. La chaleur est donc largement plus supportable qu’à San Francisco ou New York, idem l'hiver.
Comme vous pouvez le voir sur la carte, Denver, c’est géographiquement très bien placé. L’aéroport, à 1h30 de bus (gratuit pour les étudiants, mais pas pour moi …) ou 40min en voiture de Boulder, permet de voyager aisément aux quatre coins des Usa. Côté roadtrip, l’Interstate 70 permet de traverser les Rocheuses assez rapidement vers Utah, Arizona, voire Nevada et Californie, tandis que la 25 nous emmène au sud à Santa Fe et au Nouveau Mexique en 4h de trajet. Au nord, de toute façon, il n’y a pas grand-chose à faire, mais si on y tient vraiment, Yellowstone n’est qu’à 8-9h de route.
Boulder est situé à une quarantaine de miles (60km) au nord de Denver. La ville compte environ 100 000 habitants, dont pas loin de 30 000 étudiants de la Colorado University (ou CU), la plus grande du Colorado. Cela donne une touche franchement étudiante à Boulder, considérée comme la 2e ville la plus festive aux Usa. Son campus pointe également à la 2e place des plus jolis du pays. Enfin, jamais deux sans trois (ou plutôt, restons dans les deux), la ville abrite la 2e plus grande concentration de restaurants (fast-foods compris bien sûr).
Mais Boulder, ce n’est pas seulement une ville étudiante. De nombreux centres de recherches y sont également implantés, entre autres la NOAA (National Oceanographic and Atmospheric Administration), le NCAR (National Center for Atmospheric Research), le NIST (National Institute of Standarts and Technologies), et également le 3e plus gros centre de recherche d’IBM aux Usa. Et pour éviter d’être un éternel Poulidor, ces centres lui permettent d’occuper la première place dans le classement de villes avec le plus fort taux de diplômés du secondaire des Usa.
Plus exotiquement, on peut également citer la seule université bouddhiste au monde, la Naropa University, et également le jumelage de la ville avec Lhassa.
Forcément, entre les étudiants et les chercheurs (bien mieux considérés qu’en France, soit dit en passant), la ville offre un mélange très particulier de jeunesse, de richesse, de développement artistique et culturel, le tout conduisant à un haut niveau de vie. D’ailleurs, depuis les années 60, les habitants ont décidé d’une taxe afin d’acheter les terrains environnants pour les déclarer inconstructibles, ce qui a pour effet de faire grimper les prix de l’immobilier. Une autre loi interdit les immeubles de plus de trois étages. Il y a donc un côté "cool" et relaxant dans cette ville que l'on aperçoit pas forcément ailleurs. Le sentiment de sécurité et de confiance que l'on y a est réellement impressionnant notamment par rapport à Paris, les gens garent leur voiture sans fermer les fenêtres, mes colocs laissaient l'appartement ouvert quand ils partaient, on peut sortir des liasses de billets sans être inquiété, j'ai oublié plusieurs fois d'attacher mon vélo sans qu'il ne disparaisse, et pas besoin d'attacher la roue avant ou de partir avec la selle sous le bras si on veut toujours les avoir le soir. Une fois, je m'étais trompé de manière importante sur les tips (pourboires), et l'on m'a débité le montant correct et non celui erroné. Cela procure un drôle de sentiment que tout va bien dans le meilleur des mondes. D'ailleurs, les Américains que j'y ai rencontré étaient dans l'ensemble d'accord pour signaler que Boulder ne représente pas les USA, mais correspond plutôt à une bulle.
Boulder se place également plus ou moins à la pointe de l’écologie, avec une taxe carbone locale unique aux Usa et un recyclage important des déchets. Les bus roulent au biodiesel (initiative discutable, mais initiative tout de même) et les vélos sont plus qu’encouragés. Ainsi, on peut parcourir la ville entière sans traverser une rue, grâce à un système de pistes cyclables extrêmement bien développé incluant notamment des tunnels larges. Il faut quand même dire que le climat aide beaucoup ! Dans le même esprit, une loi fédérale donne la priorité aux piétons et cyclistes aux passages piétons, rappelée avec force panneaux et lumières pour les étourdis.
Le gros hic de la ville : c’est l’une des plus polluées !! En effet, l’électricité provient de centrales à charbon dont les émissions sont rabattues au pied des rocheuses dans un mouvement tourbillonnaire… Quant aux voitures, défense de toucher, cela reste un symbole des Usa. Et il faut bien admettre que, dans les grands espaces américains, il n’y a hors des villes absolument aucun autre moyen de transport que la voiture, … ou l’avion.
Côté nature, les Flatirons, un des symboles de Boulder, dressent leurs dalles plates au-dessus de la ville, proposant son paquet de ballades quotidiennes depuis la ville. Un peu plus loin (une heure de route environ), le parc national des Rocheuses permet de s’élever plus haut, jusqu’à 4 345m avec le Long Peak. De très nombreuses randonnées y sont possibles, à la journée ou sur plusieurs jours (il faut alors acheter un permis pour camper sur un des sites autorisés). En hiver, il est possible, là-bas ou ailleurs, de se promener en raquettes ou en ski. Pour les plus sportifs, les grandes stations du Colorado (Aspen, Beaver Creek, Reckenbridge, A-Basin …) ne sont qu’à 2-3h de route sur l’I 70. Gare toutefois aux bouchons en soirée de weekend, puisqu’il n’y a que cette route pour toutes les rejoindre depuis Boulder ou Denver.
Dans la ville en elle-même, il n’y a pas matière à s’ennuyer. The Hill (la colline), le quartier étudiant derrière l’université adossé aux Flatirons, propose dès jeudi soir et jusqu’à dimanche une concentration incroyable de soirées, souvent plus d’une en moyenne entre deux intersections de rue . Ailleurs, le centre ville au pied de la colline offre son lot de bars et restaurants autour de la rue en partie piétonne Pearl Street, avec toutefois la fameuse fermeture nationale décrétée à 2h du matin… Puritanisme, puritanisme… Mais en privé, rien n’est vraiment interdit, tant que les voisins ne se plaignent pas. D’ailleurs, il est impressionnant de constater à quel point la ville est plutôt propre, notamment les vendredis, samedis et dimanches matin, malgré la probabilité élevée de résidus mi-solide mi-liquide issus de soirées… Et très peu de véhicules de nettoyage, contrairement à Paris. Sur la carte, le point A indique l'emplacement de la colocation où je logeais pendant 5 mois.
Un autre phénomène est celui des sans-abris. Attention, rien à voir (ou si peu) avec Paris. La réputation de Boulder aux Usa est un peu celle d’une ville de hippies, où le haut niveau de vie amène une impression de relâchement et de bien-être. Ce qui en fait une étape de choix pour tous ceux qui veulent traverser les Usa à pied sans le sou. Cependant, il faut bien admettre que leur concentration a augmenté avec la crise économique. Mais cela ne dérange pas autrement la population, probablement tant que les rapports restent cordiaux, ce qui est le cas.
La ville vie beaucoup au rythme des activités étudiantes, en tout cas lorsque j’y étais.
Cela commence avec la March Madness, phase finale du championnat de basket-ball universitaire. Durant un seul mois, 64 équipes universitaires s’affrontent lors de confrontations directes pour le titre NCAA, ce qui donne une quantité incroyable de matchs chaque soir. Phénomène télévisé plus médiatique que les finales de NBA, il draine presque autant de spectateurs que le Superbowl, événement sportif le plus suivi aux Etats-Unis. Le président lui-même est d’ailleurs tenu de livrer dans un show d’une heure son pronostic sur tous les matchs de la phase finale, ce qui n'a pas été pour déplaire à Obama, grand fan de basket. Tout ceci s’explique par l’attachement des Américains à leur université, qu’ils retrouvent le temps d’un mois en supportant leur équipe. Et même en cas d’élimination précoce, ce qui a été le cas de l’équipe de CU, la madness n'en démord pas, mes colocataires étant vissés chaque soir devant la télévision (et moi avec^^), culminant lors de la finale universitaire en un rassemblement d'une vingtaine de personnes dans l'appartement.
Plus tard dans l’année, on peut citer le 420, relatif à l’expression 420 friendly, ou consommateur (occasionnel ?) de marijuana. Cela se traduit le 20 avril (ou 4/20) à 16h20 par des rassemblements dans le monde entier pour consommer la fameuse herbe. On aime ou on n’aime pas, mais Boulder draine à cette occasion entre 5 000 et 10 000 participants sur la pelouse de l’université, malgré la désapprobation officielle du chairman…Les policiers, eux, ne peuvent que se transformer en secours d'urgence pour ceux qui auraient un peu trop abusé sur la moquette.
Fin avril, place aux conférences sur la géopolitique: un concentré fantastique de conférences en tout genre sur l'économie, la mécanique, la politique intérieure et extérieure, retour sur la guerre d'Irak, l'écologie, la sociologie, l'Islam... A raison d'une quarantaine de conférences par jour pendant une semaine, l'école propose une ouverture sur tous les phénomènes d'actualité avec des intervenants de qualité et au cœur des sujets abordés. Signe du but principal de ces conférences, les étudiants y ont priorité absolue sur tous les autres spectateurs pour poser leur question.
Un peu après, le Folsom Field, grand stade de 65 000 places de l’université, trouve une occasion de se remplir lors d’un match d’entraînement de l’équipe de football (à ne pas confondre avec le soccer). Une autre occasion arrive avec le fameux Boulder-Bolder lors du Memorial Day, le 31 mai. Cette course de 10 km dans les rues de la ville avec l’arrivée au stade donne lieu à des attractions en tout sens, ici un concert sur scène, là une troupe de cornemuses, ici un stand inopiné d’arrosage par des habitants dont la maison est sur le passage, bref, un grand rassemblement !
Entre ces deux évènements, le campus accueille mi-mai les familles des universitaires pour la Graduation, grande cérémonie de remise des diplômes aux masters et aux doctorants. Le weekend d’après est pour le coup l’un des plus festifs !
Par la suite, le campus se vide de ses étudiants, ouvrant une période plus calme. L’Independance Day (4 juillet) est toutefois l’occasion pour faire un grand feu d’artifice sur la ville, mais il n'y a pas grand-chose d'autre à se mettre sous la dent à cette époque.
Après mon départ, la rentrée des cours à eu lieu mi-août, et le championnat universitaire de football vient tout juste de commencer. Par une défaite, malheureusement ...
Voilà pour une description un peu plus que succincte de la ville où j'ai vécu pendant 5 mois. Si vous voulez que je développe d'autres points, n'hésitez pas à le signaler dans les commentaires !




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